vendredi, juin 30, 2006

Manifeste du mouvement du 15 décembre

Le 15 décembre 2005, la Chambre des Représentants a voté en faveur du Pacte des générations, que le Premier ministre Guy Verhofstadt a appelé « la plus grande prestation politique de 2005 ». Seuls 4 députés – tous Ecolo - ont voté contre. Tous les députés du MR et du PS ont voté pour. Le CDH s’est abstenu. Le Front National était aux abonnés absents. Quant au Vlaams Belang, il a déclaré que le plan du gouvernement n'allait pas assez loin.

Le 15 décembre, la voix des syndicats et de leurs 2,8 millions de membres, qui ont manifesté une farouche opposition au pacte des générations, n'a pas été entendue. Le monde politique a mis le mouvement syndical hors jeu. S'il ne faut pas s’étonner que les libéraux aient soutenu activement le pacte, il est plus difficile de comprendre l'attitude des partis socialistes surtout lorsqu’ils qualifient le mouvement syndical de “conservateur” et le droit aux piquets de grève et aux blocages des zones industrielles comme “déraisonnable”. Entretemps, les médias ont contribué à l'offensive antisyndicale et des juges ont imposé des astreintes contre les grévistes. Bref, la volonté de briser le pouvoir des syndicats était évidente.

Le 15 décembre, l'ensemble des partis traditionnels a franchi un pas important vers l'adaptation de notre société au modèle américain. Le 15 décembre a marqué le lancement de l'application des accords de Lisbonne dans notre pays. A Lisbonne, les 15 chefs de gouvernement de l'Union européenne ont décidé de quelle manière ils voulaient faire de l'Europe “l'économie la plus compétitive au monde. Ces accords visent clairement les personnes à revenus limités. Les progrès sociaux sont mis à mal et les droits démocratiques sont mis sous pression. Il n'y a pas de marche arrière possible lorsqu’on prend l’optique de Lisbonne. Après le “pacte des générations”, place aujourd'hui au “pacte de la compétitivité ». Comme l'a déclaré le ministre Frank Vandenbroucke (SPa) : « Croire que ceci est la fin des réformes nécessaires est une erreur cruciale. Le travail doit encore commencer. » Les partis traditionnels choisissent une politique néolibérale -comme le montre la mise en œuvre des accords de Lisbonne- qui sert les intérêts des entreprises multinationales et “rend les riches plus riches et les autres plus pauvres”.

Cette approche fait l'affaire de l'extrême-droite. Il est clair que les partis traditionnels ne sont pas à même de mettre un terme à la progression de l'extrême-droite. Ils pensent souvent que le remède consiste à s'approprier les solutions de l'extrême-droite.

Une autre politique est nécessaire. Une politique de gauche. Une politique en faveur d'emplois décents, de logements à des prix abordables, d'un enseignement gratuit et d'une sécurité sociale forte. En faveur de revenus suffisants pour tous et d'une limitation légale des salaires des top managers. En faveur d'un impôt sur les grosses fortunes. En faveur de la protection des droits démocratiques. Une telle politique est une réponse positive tant par rapport au modèle américain que par rapport aux fausses réponses du Vlaams Belang. Il s'agit également d'une politique d'unité entre Flamands, Wallons et Bruxellois, entre autochtones et allochtones, pour une société juste et sociale, pour un monde solidaire.

De nombreuses personnes sont à la recherche d'un espace politique. On les retrouve comme membres, délégués ou secrétaires syndicaux, dans des organisations sociales et culturelles, dans le monde de l'enseignement ou au sein du mouvement altermondialiste. C'est pour cette raison que nous avons décidé de lancer un mouvement visant à défendre cette autre politique.

Comme première étape dans le développement de ce mouvement politique, nous signons ce manifeste en tant que personnes occupant une position à responsabilité dans des organisations telles que celle décrites ci-dessus. Et nous appelons d’autres responsables à se joindre à nous.